« Je n’suis pas dépressif » par Francis Gillot

Bonjour à tous, voilà bien longtemps que je n’ai pas publié un article ici. Il faut toutefois dire que les récents résultats des Girondins ne prêtent guère à l’inspiration. Encore que…
La preuve en chanson, sur l’air de « Je ne suis pas un héros » de Daniel Balavoine !

Francis Gillot and the Girondins En tournée en France : le 22/03 à Bordeaux, le 29 à Nantes et le 12/04 à Ajaccio !

Après le dernier match,
Il faut encore que je leur rabâche
Que pour gagner, il faut jouer 90 minutes
Et qu’éventuellement, il faudrait marquer des buts

C’est pareil chaque semaine,
Je n’ménage pas ma peine et pourtant,
Dans l’équipe je n’ai pas assez d’attaquant
Mais le Président me dit qu’il n’y a plus d’argent

C’est pour ça qu’aujourd’hui, je suis fatigué
C’est pour ça qu’aujourd’hui, je voudrais crier

Je n’suis pas dépressif
Je reste un entraîneur combatif
Je n’suis pas dépressif
Mais les joueurs préfèrent l’apéritif
Je n’suis pas dépressif, dépressif !

Alors le samedi soir
Je les empêche de sortir trop tard
Parce que j’en ai marre de les voir écumer les bars
Et de devoir commencer les entraînements en retard

Et pour la prochaine journée
Il va vraiment falloir se dépouiller
Pour enfin faire plaisir à tous ceux qui nous soutiennent
Et qui voient des purges  à peu près tous les week-ends

Je n’suis pas dépressif
Je reste un entraîneur combatif
Je n’suis pas dépressif
Mais les joueurs préfèrent l’apéritif
Je n’suis pas dépressif, dépressif !

Je n’suis pas dépressif
Même si j’ai l’air d’être assez passif
Je n’suis pas dépressif
Je n’peux compter que sur 2 escogriffes
Je n’suis pas dépressif, dépressif !

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L’agent, ce fléau du football

Aujourd’hui, l’Équipe publie sur son site web une interview de Romain Alessandrini. Le milieu de terrain Rennais estime que les dirigeants Bretons l’ont « pris pour un con et baladé pendant 3 mois. » La cause de cet état d’âme ? Un transfert avorté vers Marseille et une revalorisation salariale qui tarde à lui être proposée. Il estime donc avoir été floué et ne semble plus avoir envie de se battre pour les Rouge et Noir.

À cet instant, rappelons que le garçon évoluait, en 2011-2012, au Clermont Foot, donc en Ligue 2 et qu’il s’est blessé après 6 mois de championnat jusqu’à la fin de la saison 2012-2013.

Plus au Nord, Florian Thauvin, qui avait signé au LOSC dès janvier avant d’être prêté à Bastia pour terminer l’exercice, a obtenu gain de cause en étant transféré à Marseille sans avoir porté les couleurs du club Lillois. Il faut dire qu’il a su se montrer convaincant, notamment en séchant les entraînements et en réclamant une augmentation de salaire, à la suite du titre mondial obtenu avec les U20. Florian Thauvin, ou comment passer de Héros à Paria en l’espace de 3 semaines.

Thauvin n’aura porté le maillot du LOSC qu’une seule fois. Pour la photo.

Les exemples de joueurs qui partent au clash sont nombreux : Cabaye à Newcastle, Roux à Brest (lorsque Schalke 04 lui témoignait de l’intérêt), j’en passe et des meilleurs.

Mais sont-ils seuls responsables de ces situations ?

Dans le cas de Thauvin, on a beaucoup évoqué le rôle de « Tonton Adil », boucher de son état et qui passe ses diplômes pour devenir agent de joueur. Très probablement avec Christophe Rocancourt, escroc notoire.

Romain Alessandrini n’en parle pas dans son interview, mais bien souvent, les propositions de contrat (prolongation, revalorisation) transitent via l’agent du joueur.

Et celui-ci peut très bien manipuler les informations dont il dispose pour parvenir à servir les intérêts du joueur qu’il représente… ou les siens personnels.

Les agents sont commissionnés sur les transferts. Leur intérêt réside donc dans le fait que leur poulain soit transféré le plus souvent possible au prix le plus important possible. Pour plus d’explications précises sur le rôle des agents (et certaines de leurs méthodes), je vous conseille l’excellent bouquin La Face Cachée du Foot Business.

Dans tous les cas, ceux-ci peuvent « conseiller » à leurs joueurs de sécher les entraînements, refuser d’arborer les sponsors du club, esquiver les conférences de presse dans l’optique d’obtenir un meilleur salaire ou une mutation vers un club plus huppé. Et tant pis si le joueur fait un flop.

Et au cours de son Histoire, l’Olympique de Marseille a fait des joueurs transférés à prix d’Or et qui ne confirment pas derrière, une marque de fabrique. Bisou Florian Thauvin.

Pour conclure, je voudrais faire un Big Up à l’agent de Gareth Bale. Placer un Gallois qui court vite et tout droit à 100 millions d’euros, il est sacrément balèze…

Ultras, une espèce en voie de disparition ?

Le PSG a été le premier à s’y lancer. Avec le Plan Leproux, qui visait à pacifier les abords du Parc des Princes, le club de la capitale a écrémé le public qui se rendait au stade. Aujourd’hui, les pensionnaires de la Ville Lumière jouent devant un public de spectateurs, souvent attentiste, toujours exigeant, qui ne comprend pas, ou avec difficulté, qu’une équipe telle que celle formée par QSI ne gagne pas tous ses matches.

En effet, les Footix ont envahit (ou déserté) les stades ! Présents lors des victoires ou des matches prestigieux, absents lorsqu’il faut défier Guingamp ou Thonon-Gaillard. Et le phénomène ne concerne pas que Paris.

Même Marseille (et ça me fait mal de dire ça), réputée pour son public, connait quelque peu la désertion de ses tribunes. D’une part, parce que le stade était en travaux, d’autre part, parce que le spectacle proposé ne convient pas aux non-initiés.

Le spectacle de la Ligue 1, ce n’est pas des 4-0 toutes les semaines. Ça, c’est plutôt la Bundesliga. Ou Barcelone-Getafe. La Ligue 1 est avant tout un championnat physique, stratégique, où la raison l’emporte (hélas trop souvent) sur la passion.

Il faut être supporter pour aller au stade, chanter à se casser la voix, en sachant qu’à 1-0, on verrouille à double-tour et on attend que l’orage des attaques adverses se passe.

Le spectacle qu’on nous vend n’est pas que celui des terrains. BeIN Sport l’a bien compris avec son dispositif « Pure Live », qui permet au téléspectateur de regarder le match et de profiter de l’ambiance sans le son des commentaires.
Et combien de fois entend-on les commentateurs se plaindre d’une ambiance morose lors d’un match à huis-clos ?

Certes, le silence permet parfois de mieux apprécier la communication des entraîneurs et des joueurs sur le terrain, mais la plupart des supporters et des joueurs préfèrent une ambiance bouillante.

Personnellement, mes meilleurs souvenirs au stade sont ceux où les chants de supporters me traversent le corps par leur puissance et leur résonance. Quand les tympans vibrent à en avoir mal aux oreilles !

Heureusement qu’il reste quelques supporters pour « mettre le feu » au Stade !
Image tirée de la page Facebook « Virage Sud Bordeaux – les plus belles photos« 

Les premières fois que je suis allé au stade, c’était avant tout pour apprécier l’ambiance, les chants, la passion des supporters, et tant pis si je ne voyais pas le match aussi bien (et encore, ça se discute) qu’à la télé. D’ailleurs, dans tous les clips montés par les clubs, on entend les chants, les slogans des supporters.

Et c’est aujourd’hui cet acteur que l’on souhaite faire taire !

En interdisant (encore !) aux supporters de se déplacer librement, de supporter leur équipe librement. En sanctionnant de façon parfois abusive les clubs et les supporters. En les excluant de toutes les discussions autour de la refonte du football. Ils ne sont pas considérés comme des citoyens, mais comme des sous-citoyens. Si l’on schématise à grand coup de raccourcis foireux, les Ultras sont comme les esclaves de la Grèce ou de la Rome Antique : les mêmes devoirs que les autres, mais pas les mêmes droits !

Les Ultras sont considérés comme un garçon un peu turbulent dont les parents et la maîtresse discutent pour savoir ce qu’il convient de faire sans savoir ni pourquoi il fait ça, ni comment l’aider au mieux. On décide pour lui et si son comportement empire, ce sera de sa faute.

Un match de foot sans Ultras, c’est une télé sans son. Sans les supporters, les stades, refaits à neuf en prévision de l’Euro 2016, sonneront souvent creux.

Et si les spectateurs et les téléspectateurs désertent les stades et les écrans, qui restera-t-il pour encourager et pousser les joueurs ? Qui « consommera » le football ? Les supporters !

Comme le disent de nombreuses banderoles déployées dans les kops : « Les joueurs [et les Footix] passent, les supporters restent ! »

L’arbitrage vidéo, l’injustice comme cheval de bataille ?

Joseph Blatter, le Pape du football mondial (puisqu’il ne cèdera son siège que le jour de son décès), l’a annoncé au micro des journalistes du CFC, une forme d’arbitrage vidéo sera expérimentée lors de la Coupe du Monde des Clubs et de la Coupe des Confédérations.

Après la diffusion de l’interview, Christophe Dugarry s’est montré favorable à la vidéo, argumentant que le rugby y est déjà passé, donc qu’il « serait temps que le foot grandisse. »

Marco Simone surenchérit. Lui voudrait voir la vidéo pour ré-arbitrer les hors-jeux. Les Cahiers du Foot ont déjà démontré l’absurdité de ce système, liée aux limites techniques actuelles dudit matériel censé nous sauver des « injustices arbitrales », mais aussi aux choix de plans que pourrait faire le diffuseur, ainsi qu’à la position des caméras dans les stades, parfois trop décalées pour pouvoir réellement évaluer la position des joueurs. Retrouvez ici, tous les articles des Cahiers à ce sujet.

De même, mentionné dans cet article, Loïc Féry, le Président du FC Lorient, réclame à corps et à tweets, l’arrivée rapide de la vidéo. Son principal argument ? « Si l’on veut avoir des gens qui investissent dans le foot… »

Et c’est là que le bat blesse. Le football réclame de plus en plus d’argent pour pouvoir « survivre », selon les principaux acteurs (Lire Sauver le football).

Les droits TV ont explosé sur ces 20 dernières années, les salaires aussi, de même que les montants des transferts. En définitive, l’arrêt Bosman, signé en 1995, aura fait beaucoup de mal au portefeuille des clubs.

Sur ce tir de Geoff Hurst en Finale de la Coupe du Monde 1966, le ballon est-il rentré ?Plus de 40 ans après, l'étude des images n'a encore pas permis d'affirmer avec certitude que le ballon a bien franchi la ligne.

Sur ce tir de Geoff Hurst en Finale de la Coupe du Monde 1966, le ballon est-il rentré ? Plus de 40 ans après, l’étude des images n’a encore pas permis d’affirmer avec certitude que le ballon a bien franchi la ligne.

Peut-être serait-il temps de se poser les bonnes questions et de revenir à une vraie législation, empêchant les délires financiers et les dérives dont est coutumier le football !

Dans d’autres sports, les transferts et les salaires sont régis par l’instance dirigeante du sport en question. C’est le cas en NBA, en NFL ou encore en NHL. Certes, ce mode de fonctionnement à ses limites. La NBA a vu la saison 2011-2012 écourtée suite à un lock-out après l’échec des premières négociations pour le partage des revenus générés par les droits TV et les ventes de produits dérivés. Cette année, la NHL connait la même situation, et le lock-out ne semble pas prêt d’être levé.

Toutefois, les salaires des joueurs sont conséquents, du moins pour les joueurs majeurs, mais doivent rester dans le cadre du Salary Cap, la masse salariale maximale, accordée à la franchise.

On ne parle d’ailleurs plus de transferts, mais de trade, d’échanges de joueurs entre les franchises. Ces échanges doivent être d’égale valeur financière (un Kobe Bryant n’ayant pas la même valeur qu’un Nate Robinson, par exemple) et peuvent impliquer plusieurs franchises.

Les transferts ne sont donc pas monétisés et seuls les salaires font l’objet des gros titres de la presse.

Peut-être que le football devrait prendre exemple sur le sport US, chaque Championnat ressemblant à un affrontement au sein de sa division en NBA, les Coupes d’Europe étant les affrontements inter-division.

La valeur de chaque joueur serait évaluée par un organisme indépendant, les contrats seraient respectés et les joueurs ne donnant pas satisfaction pourraient être coupés pour alléger la masse salariale sans trop pénaliser le club.

L’UEFA, le CONMEBOL, la CONCACAF, la CAF, l’AFC et l’OFC joueraient le rôle de régulateur, vérifiant la validité des contrats et des transferts, le tout sous l’égide de la FIFA qui serait chargé d’harmoniser les législations entre les différentes autorités locales.

Ce besoin incessant d’argent serait donc limité, l’attractivité d’un club se forgeant essentiellement sur sa capacité à faire de bons choix de recrutement ou d’échanges et à remporter des titres. Les clubs ne seraient pas nécessairement à égalité, mais certaines inégalités pourraient être (partiellement) nivelées.

Et si le football n’a plus besoin d’autant d’argent, si Loïc Féry n’a plus besoin d’attirer de nouveaux investisseurs, si Montpellier n’a plus besoin de vendre le cul de ses joueurs pour y afficher un nouveau sponsor, que devient le débat autour de la vidéo ?

Comme dernier argument, j’ajouterai que l’erreur de l’arbitre fait partie du jeu. Tout comme l’attaquant qui va faire un mauvais choix face au gardien. Comme l’entraineur qui va adopter une mauvaise tactique face à un adversaire. Ou comme le ballon qui va rebondir sur une motte de terre et rentrer dans le but sur une passe en retrait vers le gardien.

Bordeaux-Belgrade, en route pour l’Europa League !

Jeudi 30 août 2012, les Girondins de Bordeaux reçoivent l’Étoile Rouge de Belgrade pour le match retour du Tour Préliminaire d’Europa League.

Le 0-0 de l’aller oblige les Bordelais à marquer sans prendre de but. La règle du but à l’extérieur favorise les joueurs Serbes.

Avant le match, les 400 ou 500 Belgradois (n’appelons pas ces gens « supporters », ce serait insulter les vrais supporters) ont « pris en otage » la Place de la Victoire et taggué la Porte d’Aquitaine. Puis ils se sont frottés aux CRS qui les ont escortés jusqu’au stade Chaban-Delmas.

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La Porte d’Aquitaine tagguée par les Serbes

Ce match, déjà sous haute tension, n’a pas besoin d’adrénaline en plus.

Les Bordelais et les Serbes entrent sur la pelouse dans une belle ambiance de Coupe d’Europe. On sent qu’elle avait manqué aux supporters Bordelais.

Et les Girondins répondent bien présents ! La première mi-temps est à leur avantage. Ils se procurent une première occasion dès la 1ère minute de jeu, par Maurice-Belay qui s’infiltre bien dans la surface avant d’être stoppé par la défense. Contact qui nous semble irrégulier depuis la tribune, mais l’arbitre anglais, M. Clattenburg ne bronche pas.

Les vagues Marines et Blanches se succèdent. Quelques minutes plus tard, Gouffran place une tête sur un centre de Trémoulinas, mais le gardien adverse est bien placé.

On retrouve Gouffran à la 20ème minute. Il bénéficie du mauvais rebond du ballon sur la tête d’un défenseur Serbe pour le contrôler et placer une belle frappe, qui passe à quelques centimètres du poteau.

Bordeaux continue de pousser, mais les joueurs de l’Étoile Rouge commencent à s’enhardir. Ils pénètrent plusieurs fois dans le camp Bordelais, mais il y a toujours un défenseur pour contrer le ballon ou Carrasso pour sortir l’arrêt qu’il faut.

28ème minute, Maurice-Belay récupère le ballon dans la moitié de terrain Belgradoise et file vers le but. Il faut un excellent arrêt de Bajkovic pour empêcher les locaux d’ouvrir le score.

Le jeu continue à être à l’avantage des Bordelais, qui auront dominé toute la 1ère période.

42ème minute, Bordeaux obtient un corner. Alors que j’annonce à mes voisins de tribune que « celle-là, c’est la bonne », des imbéciles (faute de mot plus fort et non vulgaire) décident de balancer divers objets sur Obraniak. Le capitaine Belgradois, dans un grand moment d’intelligence digne du Prix Nobel de Stupidité, vient lui demander de se dépêcher de tirer le corner. Après quelques secondes de flottement, Ludo peut enfin tirer son corner, mais il n’est pas suffisamment concentré pour le réussir.

La mi-temps approche. Le 1er moment d’injustice aussi. Mladenovic accélère alors que les Girondins reculent. Henrique prend enfin son courage à 2 mains et essaye de dégager le ballon. Mladenovic aussi, le prend à 2 mains. L’arbitre ne dit rien alors que tout le stade l’a vue. L’attaquant Serbe enchaîne avec une superbe frappe qui vient lober Carrasso. 0-1.

Notre Dieu vient de donner de l’espoir aux Serbes. Les joueurs Girondins vont se charger de le piétiner !

Pendant la pause, je glisse à mon pote venu au stade avec moi : « En Coupe d’Europe, chaque fois que je suis venu au stade, Bordeaux a gagné ! » On se rassure comme on peut !

La 2ème période débute. Les Girondins sont surmotivés et veulent à tout prix égaliser le plus rapidement possible. Maurice-Belay déborde côté droit, attire 2 défenseurs, les viole, centre au cordeau pour Gouffran, dont la tête, suffisamment puissante cette fois-ci, vient se loger sous la barre de Bajkovic. 1-1, on joue depuis 5 minutes.

Quelques minutes plus tard, Maurice-Belay sprinte pour empêcher le contre Serbe. Il tacle le porteur de balle adverse qui pousse son ballon à ce moment précis. Nico prend un carton jaune. Son deuxième après celui reçu pour contestation en 1ère période. Carton rouge pour le milieu Bordelais, le FCGB va finir à 10. Au passage, s’il y a « con » dans contestation, c’est parce que prendre un jaune là-dessus, c’est vraiment très très con.

Les Bordelais ne se découragent pas. Ils obtiennent un bon coup franc à 30m des buts. Francis Gillot montre à Frédéric Antonetti ce que signifie « jouer une compétition à fond » en sortant Planus et Henrique pour faire rentrer Plasil et Saivet. Bordeaux joue avec 3 défenseurs : Trémoulinas, Sané qui recule d’un cran, et Mariano.

Obraniak tire le coup franc. N’étant pas gêné par les projectiles Serbes, Ludo dépose le ballon entre Jussiê et Saivet. Le premier est plus prompt à mettre la tête que le second. La balle embrasse le poteau et fait trembler les filets. Le stade explose de joie ! Pour la 1ère fois de la soirée, Bordeaux est qualifié.

On joue la 75ème. Gillot, qui n’avait pas prévu un but aussi rapide, fait sortir le buteur au profit de Florian Marange et repasse à 4 en défense.

2ème moment d’injustice. Sur un débordement Serbe côté gauche, Mariano récupère le ballon et le donne à Yoan Gouffran. L’attaquant Bordelais fait parler sa pointe de vitesse et entame un grand pont sur Jovanovic. Le défenseur ayant bien vu que derrière lui, il y a un Boulevard, sèche Gouffran d’un coup de coude dans la gorge. Les UltraMarines et le stade réclament le rouge, je réclame une corde, mais l’arbitre, adepte de la mauvaise décision ce soir, ne sort qu’un jaune. Gouffran sort sur civière et Bordeaux se retrouve à 9. Comme quoi, jouer comme une petite p*te n’est pas toujours sanctionné.

Gouffran sera ovationné lors de son retour sur le terrain, Jovanovic sera conspué à chaque touche de balle.

Les Serbes poussent, les supporters Girondins, moi le 1er, chantent « Olé ! » à chaque passe réussie par les joueurs au Scapulaire.

La 89ème minute arrive. Un corner inexistant et un cafouillage énorme dans la surface plus tard, les Serbes égalisent. Le banc de touche se lève comme un seul homme et se jette sur le buteur. Certains intellectuels décident de nous mimer des gestes obscènes. On a l’impression qu’ils ont gagné la Coupe du Monde.

Mais le match n’est pas fini. JPP, en cabine de commentateur, déclare qu’un « pénalty et puis c’est bon ! » Obraniak, qui a des oreilles partout, met la pression au défenseur Serbe qui dégage en chandelle. Devant sa télé, Christophe Lamaison applaudit. Obraniak se place entre le gardien et le ballon.

Bajkovic ayant regardé le Best-of de la saison 2011-2012 de Jérémie Janot, plaque l’ancien Lillois. Pénalty. Le stade exulte. Moi beaucoup moins. Gouffran se saisit du ballon, je demande à mon pote d’arrêter de taper sur les panneaux publicitaires. Je ne suis pas rassuré. Des pénalties à Bordeaux, j’en ai vu des réussis, j’en ai aussi vu des ratés.

Mais Yoan ne tremble pas. 1 pas d’élan, un ballon à la droite du gardien et le stade rugit de bonheur ! Ça faisait bien longtemps que le stade n’avait pas communié à ce point avec ses joueurs.

Sur le banc Serbe, en revanche, l’heure est à la déception. Eux qui nous chambraient à 2-2, il y a tout juste 1 minute, sont désormais effondrés. Quelle jouissance de les voir étendus sur la pelouse, terrassé par un joueur qui a failli être décapité !

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Gouffran libère Chaban-Delmas

Lorsque l’arbitre siffle la fin du match, la tension retombe et le stade explose pour la 4ème fois de la soirée !

Pour ma part, je suis passé de la confiance au stress, du rire aux presque larmes, d’une déception naissante à une joie sans limite en l’espace de 25 minutes !

Mais c’est pour revivre ce genre d’émotions que je serai au stade le 20 septembre prochain pour Bordeaux-Bruges !

Le Blues de l’Homme en noir

Bonjour à tous,

Aujourd’hui, un article un peu particulier puisqu’il va s’agir d’une nouvelle racontant ou essayant d’imaginer ce que peut ressentir un arbitre sur un terrain de foot. Toute cette histoire est bien évidemment d’une fiction et toutes ressemblances avec des événements s’étant déjà produits ou allant se produire est purement fortuite. Sur ce, bonne lecture.

Stade Félix Bollaert, Lens, 24 mai 2018.

J’arrive au Stade Félix Bollaert pour y arbitrer le dernier match de la saison. Il oppose Lens et Marseille. Je ne me sens pas très à l’aise car je n’ai jamais caché ma préférence pour les Girondins de Bordeaux, et, ce soir, je dois arbitrer leur opposant direct au titre. Autant dire que ma prestation va être ultra surveillée et les insultes tomberont lourdement sur moi en cas de décision « étrange » ou « partisane ».

Je rejoins mes 5 assistants dans le vestiaire qui nous est réservé. Nous réarbitrons à 6 depuis que Michel Platini est arrivé à la tête de la FIFA. Blatter avait instauré la vidéo à la suite de l’erreur incroyable lors de la finale de la dernière Coupe du Monde au Brésil. Les Allemands avaient vu le ballon égalisateur entrer dans le but Brésilien de plus d’1m, comme tout le stade, d’ailleurs. Mais l’arbitre n’avait pas bronché et le Brésil avait remporté sa Coupe du Monde, la 6ème des Auriverde.

Donc Blatter avait mis en place la vidéo. Et après seulement 5 journées, les médias avaient fustigé ce système, trouvant que le jeu perdait sa vitesse, car le recours à la vidéo avait rapidement débordé. Après la validation des buts, mise en place en 2014, les entraîneurs avait hurlé pour qu’elle soit utilisée pour vérifier les hors-jeu, les contacts dans la surface, ainsi que les fautes de mains. Les matches, censés durer 90 minutes, duraient en moyenne près de 2h.

Platini s’était fait élire avec comme argument principal le retrait de la vidéo immédiat et une confiance presque aveugle accordée aux hommes en noir. Nous étions donc revenu à l’arbitrage à 5 + le « 4ème » arbitre. Cependant, l’arrivée de Platini n’avait pas que des aspects positifs. L’instauration du fair-play financier, lors de la saison 2014-2015, avait conduit à la création d’une SuperLeague Européenne, voulue par des clubs qui auraient souffert face à cette nouvelle mesure.

Cela avait fait du bien en Espagne, où Real Madrid et FC Barcelone se partageaient les titres. Depuis, le FC Valence a pu devenir Champion, après que l’Atletico Madrid se soit imposé pour la 1ère saison sans les 2 gros. Par contre, la Premier League anglaise s’est considérablement appauvrie avec les départs des 2 Manchester, de Liverpool, d’Arsenal, Tottenham et Chelsea.

La Ligue 1, aussi, avait bénéficié du départ du PSG dans cette SuperLeague. Le club Parisien régnait en maître depuis la saison 2012-2013. Lors de leur dernière saison en Ligue 1, ils avaient réussi l’incroyable série de 38 matches de Championnat sans défaite. En fait, ils avaient aligné… 38 victoires. Il faut dire que depuis que Messi et Ronaldo ont signé à Paris, le club est très difficile à manoeuvrer.

Toujours est-il qu’aujourd’hui, je dois arbitrer un match qui, pour la 1ère fois depuis 5 ans, va sacrer un nouveau champion. Et mon problème, c’est que « mon » équipe va jouer en même temps. Chacune de mes décisions va peser bien lourd.

En entrant dans le vestiaire, je salue mes camarades. Nous nous changeons en plaisantant.

« Tu sais ce que fait un Lyonnais quand il remporte le championnat de National ? Il sauvegarde sa partie ! »

C’est devenu une blague très courante après le départ de Jean-Michel Aulas de l’Olympique Lyonnais. Depuis, la Capitale des Gaules va de désillusion en désillusion, luttant cette saison pour ne pas descendre en CFA. Triste destin que celui-ci. Digne de Grenoble, Nantes ou Strasbourg.

Une fois en tenue, nous sortons tranquillement pour nous échauffer.

En sortant du couloir qui mène à la pelouse, nous sommes éblouis par le soleil. La température de cette fin de journée est agréable, bien qu’un peu chaude. Ce sera parfait pour ce dernier match. En tribunes, les supporters Lensois donnent déjà de la voix pour encourager leurs joueurs. Mais je n’entends pas les Marseillais. Et pour cause. En tournant la tête vers le parcage visiteurs, je m’aperçois qu’ils ne sont pas encore arrivés. Le délégué de la Ligue de Football vient me voir.

« – On a eu un soucis avec les ultras Marseillais. Ils se sont frottés aux forces de Police.
– Ça ne va pas retarder le coup d’envoi ?
– Non, il est toujours prévu pour 21h, mais j’attends une confirmation du préfet de Police. »

Je le remercie et continue mon échauffement. Mes assesseurs me demandent ce qu’il se passe. Je leur explique, en me demandant toutefois comment va se dérouler le match si j’oublie de siffler un pénalty. Je leur demande donc de me signaler tous les mauvais gestes et toutes les fautes. Grâce à nos radios, nous pourrons communiquer pour que je puisse prendre la meilleure décision possible.

Je regarde ma montre, il est déjà 20h45. Nous rentrons aux vestiaires pour enfiler nos maillots de match, récupérer drapeaux, sifflets et cartons.

Le délégué vient nous voir. Il vient nous confirmer le coup d’envoi du match pour 21h. Je me mets à l’entrée du couloir pour attendre les 2 équipes, que je n’ai pas encore croisées, si ce n’est pendant l’échauffement. Mes 2 arbitres de touche sont partis les chercher. Les Lensois arrivent, imités quelques secondes plus tard par les Marseillais. Je salue les 2 capitaines et leur demande de se tenir prêts.

Puis nous entrons dans le stade.

Les Lensois déploient un tifo magnifique en Rouge et Or. J’ai presque envie de continuer à l’admirer au lieu de saluer la tribune Présidentielle. Les joueurs locaux vont être survoltés, avec des supporters aussi fervents. Avec un peu de chance, mes décisions n’auront que peu d’impact sur le résultat final du championnat.

Les 2 équipes sont alignées, les joueurs saluent l’ensemble du stade puis les locaux s’avancent vers nous en nous serrant la main. Une fois le même geste effectué par les Marseillais, j’appelle les 2 capitaines.

Je les salue de nouveau, et leur présente la pièce pour le toss. Je la lance, l’engagement sera Marseillais. Les Lensois ne veulent pas changer de terrain. Je vais donc saluer les entraîneurs. Après avoir serrer la main du Lensois, le coach visiteur serre la mienne et se rapproche de moi pour me glisser quelques mots.

 » On sait que t’es pour Bordeaux. Mais t’as pas intérêt à nous entuber. Sinon, ce n’est pas la peine de revenir à Marseille. »

Décidément, les méthodes d’Anigo ne changeront jamais. Heureusement pour moi, le délégué a tout entendu. Il le consigne dans son carnet. Nul doute que Marseille et Anigo seront sanctionnés.

Je récupère le ballon que j’avais posé lors du tirage au sort et me dirige vers le milieu du terrain. Les 2 attaquants Marseillais sont prêts. Je siffle au signal du délégué. Le dernier match de la saison est parti.

Le public Lensois pousse fort derrière son équipe. Et soudain retenti un assourdissant « Allez l’OM » ! Je frissonne en voyant les Ultras Marseillais entrer dans leur parcage. Certains sont cagoulés, les visages sont difficiles à distinguer. Je me demande comment les stadiers ont accepté de les laisser entrer. Dans mon oreillette, mon assistant me tire de ma léthargie.

« – Oh ! Tu dors ? Il y a corner pour Lens !
– OK, merci. »

Premier « coup de pied de coin », cher à Jean-Michel Larqué, disparu après l’Euro 2016, et premières échauffourées dans la surface. Du tirage de maillot à tire-l’arigot, du ceinturage… Je regarde mon arbitre de surface qui me signale le point de pénalty si je siffle le corner. Je décide donc d’appeler les 2 capitaines.

« – Messieurs, on joue depuis 5 minutes, vous êtes déjà en train de vous étriper ! Ça s’arrête immédiatement ou je siffle pénalty. »

Ils retournent se placer et calment leurs coéquipiers. Le corner se joue finalement, sans encombre. Marseille peut partir en contre-attaque mais le milieu défensif Lensois intervient de façon rugueuse. Je lui fais signe de venir me voir.

« C’est le dernier avertissement ! Vous vous calmez ou je vous mets un carton jaune ! »

Le jeu reprend par un coup franc, mais j’entends les supporters visiteurs hurler que j’aurais dû l’exclure. Toujours dans la démesure.

Je suis toujours tendu, j’ai peur de faire une erreur.

Quelques minutes se passent, les 2 équipes se neutralisent. Mais un jeu en triangle très bien effectué transperce la défense Lensoise. L’attaquant Marseillais part bien dans le dos de la charnière centrale, mais se fait découper par un défenseur revenu en catastrophe.

Les Lensois hurlent de dépit, ils savent que ma décision va être cruelle. Je jette malgré tout un coup d’oeil vers mon assistant. Il me fait signe de venir le voir.

« – Il n’était pas dernier défenseur, leur numéro 6 l’a dépassé juste avant son tacle. Le carton jaune est suffisant. »

Je cherche donc dans la poche de mon maillot pour avertir le joueur fautif. Félix Bollaert pousse un ouf de soulagement pendant que les Ultras Marseillais crient au scandale.

« – L’arbitre, t’es un voleur ! »

Anigo s’est fait plaisir, mais je décide de laisser passer pour cette fois. Je comprends sa frustration. Le coup franc est bien placé. Le tireur marseillais place son ballon pendant que je peine à faire reculer le mur Lensois. J’y parviens enfin et indique aux Marseillais de jouer le coup franc. Il est mal tiré et s’envole dans les tribunes. J’indique le renvoi aux 6m, quand mon arbitre de surface m’interpelle.

« – Fais gaffe au 11 Marseillais, il m’a l’air particulièrement chaud, ce soir. »

Je jette un coup d’oeil vers le joueur, qui a effectivement l’air très nerveux. Il faut dire qu’il n’a pas marqué depuis 6 mois et son public l’a pris en grippe, malgré la confiance de son entraîneur. Marquer ce soir ferait oublier sa saison médiocre.

Quelques minutes s’écoulent. On arrive à la 30ème minute et, alors que le ballon sort en touche, les 2 capitaines viennent me voir.

« – On peut faire une pause, le temps de boire un peu, il fait très chaud. »

J’acquiesce et dirige tout le monde vers les bancs de touche en me maudissant de ne pas y avoir pensé moi-même. J’avais pourtant remarqué que quelques joueurs avaient le visage très rouge et semblaient presque à l’agonie.

Après 2 minutes de pause, le jeu reprend. Les 2 équipes souffrant de la chaleur, ou peut-être de l’enjeu (Titre de Champion pour l’un, place en Europa League pour l’autre), le rythme est retombé et la mi-temps se rapproche tranquillement.

Quand soudain, l’attaquant Lensois dribble les 2 défenseurs centraux et écarte sur son ailier gauche. En voulant se replacer au point de pénalty, il percute le 11 Marseillais, revenu défendre et que m’avait signalé plus tôt mon arbitre de surface. J’interromps le jeu, le Lensois est touché à l’arcade et pisse le sang ! J’appelle les soigneurs. J’ai vu le fautif partir se replacer en attaque, pensant sans doute que je l’aurais oublié. Une fois le Lensois évacué, je m’approche de mon arbitre de surface.

« – Coup de coude volontaire, pénalty et carton rouge. Il est venu pour lui faire mal, pas pour jouer la balle. »

Je me tourne vers l’arbitre de touche, qui hoche la tête pour montrer son approbation à la sanction. Je cours vers le joueur fautif en cherchant dans la poche de mon short. Lorsque je m’approche de lui, je ralentis et note sa sanction sur mon carnet avant de brandir mon carton. Rouge. Comme Anigo qui explose de rage sur son banc. Comme le public Lensois qui exulte au moment de la sanction. Comme le joueur que je viens d’exclure qui me montre toute sa colère en m’insultant et en venant front contre front avec moi. Il y a tellement de bruit que je n’entends rien de ce qu’il me dit. Je ne saisis que quelques bribes de paroles.

« – … à Marseille … caillassé … pneus crevés. » Puis plus distinctement. « Fait gaffe de pas prendre un coup de couteau. »

En voilà un qui ne jouera pas les premiers matches de la saison prochaine. Grâce aux micros et aux enregistrements des propos, le délégué de la Ligue aura tout entendu. Et lors de son passage devant la Commission de Discipline, il pourra réentendre ses paroles, des fois qu’il les aurait oubliées. Je note le tout sur mon carnet et retourne dans la surface marseillaise.

Le tireur Lensois est prêt. Le gardien aussi. Je siffle. Il n’y a plus un bruit dans le stade, le temps semble s’être arrêté. Les 2 joueurs se défient du regard. L’attaquant démarre sa course. Je la vois au ralenti, comme dans les films. Le gardien part à droite, le ballon à gauche. But.

Le stade explose, les ultras Lensois craquent quelques fumigènes. Je ne peux m’empêcher de sourire en voyant ce spectacle Sang et Or en tribunes. Depuis que les fumi ont été réintroduits dans les stades, moyennant quelques mesures de sécurité, les tribunes ont retrouvé des couleurs et de la vie.

Les joueurs Marseillais, me voyant sourire, s’approche de moi et m’invectivent.

« – Pourquoi tu rigoles, toi ?
– Ça te fait marrer de nous avoir mis à 10 ?
– Tu vas voir ce qu’on va te mettre à Marseille ! »

Je les calme en leur disant que je n’ai pas d’intérêt à les voir perdre. Ce n’est pas tout à fait vrai, mais je veux que la nervosité retombe le plus rapidement possible. Le match se déroulait bien jusque là et il commence à partir en vrille.

Le match reprend. Les chants Lensois se font plus forts, les chants Marseillais reprennent de plus belle.

Puis la mi-temps arrive. Un quart d’heure de repos pour se remettre de nos émotions. Mais dans le couloir, José Anigo me prend à parti.

« – Pourquoi vous avez sorti le rouge pour lui, il est doux comme un agneau !
– Je ne savais pas que les agneaux mettaient des coups de coude. Maintenant, vous dites à vos joueurs de se calmer en 2ème période, sinon les cartons vont pleuvoir.
– Ils seraient tranquilles si vous n’aviez pas fait n’importe quoi !
– Je n’ai pas fait n’importe quoi, Monsieur Anigo, c’est votre joueur qui a pété les plombs sans raison.
– De toutes façons, on sait que vous êtes un enculé de Bordelais !
– Je suis donc un voleur doublé d’un enculé. Très bien, Monsieur Anigo, je ne veux pas vous voir aux abords du terrain en 2ème période. Vous resterez aux vestiaires.
– On va te faire ta fête, quand tu viendras à Marseille ! Sale bâtard ! »

Il repart, vexé et énervé, quand mes assistants se rapprochent de moi.

« – Mais pourquoi t’as fait ça ? Le match va être ingérable, maintenant.
– Ouais, dès qu’on va approcher du Kop visiteurs, ils vont nous balancer des bouteilles et des briquets, putain !
– En plus des insultes.
– Hé ho ! Je ne vais quand même pas me laisser insulter en souriant ! Maintenant, on arrête de se prendre la tête. »

L’ambiance s’est tendue en 5 minutes. Le délégué entre en nous demandant si nous allons bien. Notre réponse, bien qu’évasive, semble lui convenir. Après quelques minutes de repos, nous repartons vers la pelouse.

Les Lensois lancent cette 2ème période. Malgré mes ordres, Anigo est sur le banc. Mes assistants me font signe de laisser couler pour le moment. Je suis passablement agacé par cette attitude désinvolte, tant de la part du coach Marseillais que de mes assistants.

Le match reprend ses droits. La présence d’Anigo sur le banc semble avoir calmé les joueurs ciel et blanc. Les 10 premières minutes se passent sans encombre. Le Lensois blessé à l’arcade en 1ère période a retrouvé sa place sur le terrain. Il a aussi changé son maillot maculé de sang pour un uniforme propre.

Le match semble bloqué, entre des Lensois qui mènent au score et ne veulent pas prendre de risques inconsidérés et des Marseillais qui ne savent pas par quel bout manoeuvrer cette défense. La 60ème minute approche, et lors d’une sortie en touche, mon oreillette émet quelques sons. Un changement va avoir lieu. Les Marseillais font sortir leur milieu défensif, le numéro 6, pour faire entrer un 2ème attaquant. Changement offensif, ils doivent impérativement remporter ce match.

Très rapidement, les Olympiens reprennent le contrôle du match et se montrent les plus dangereux, malgré le surnombre Lensois. Surnombre temporaire. Peu de temps après son entrée en jeu, l’attaquant Marseillais part dans le dos de la défense et le défenseur que j’avais averti en 1ère période reviens à la charge. Il se jette et tacle dans la surface. 2ème faute. 2ème carton jaune. 2ème carton rouge du match.

La faute est flagrante, je sors le carton rouge !

Le Lensois proteste, hurle qu’il n’a jamais touché le Marseillais, mais la cheville complètement désaxée et les hurlements du joueur blessé me prouvent le contraire. J’appelle en criant pour que les soigneurs se dépêchent ! Je leur fais signe d’amener la civière. Ils mettent le joueur sous oxygène, immobilisent sa cheville cassée, le place sur la civière et l’évacuent. Le match va se finir à 10 contre 10.

Cette horrible blessure a choqué tout le stade, d’autant que les images terribles de la cheville fracturée sont rediffusées sur les écrans géants du stade. Le public hurle son dégoût. Il me semble même avoir vu une supportrice vomir devant ces images insoutenables.

Quelle idée de les avoir remontrées à l’écran !

Pendant que les joueurs marseillais se disputent pour savoir qui va tirer, un milieu offensif rentre à la place du joueur blessé. Je note son numéro sur mon carton de match. C’est finalement le capitaine qui se charge du pénalty. Un coup d’oeil rapide à mon arbitre de surface qui valide ma décision et m’indique qu’il est prêt.

Attaquant et gardien se font face. On se croirait dans un western de John Wayne. La différence, c’est qu’on sait qui va dégainer en 1er. Le joueur s’élance. Il tire. Le gardien de but est parti du mauvais côté, mais le ballon est tiré trop haut. Il heurte la barre transversale et retombe… sur ou derrière la ligne ? Je ne sais pas, je n’ai pas eu le temps de voir. Mon assistant me fait signe de laisser jouer. Selon lui, le ballon n’est pas rentré. Je décide de lui faire confiance.

Sur son banc, Anigo est complètement dingue. Il s’en prend violemment au 4ème arbitre ! Il est fou de rage. J’arrête le jeu pour voir ce qu’il se passe. Le 4ème arbitre me dit qu’il a été insulté, saisit par le col par l’entraîneur Marseillais, qui s’en défend, bien évidemment. Le coach Lensois s’en mêle à son tour en confirmant les dires de mon homologue. 2 contre 1. Je le prend à part.

« – Monsieur Anigo, je vous avais dit de rester aux vestiaires à la pause. Vous ne m’avez pas écouté, mais je n’ai rien dit. Là, vous êtes allé trop loin, je ne veux plus vous voir aux abords du terrain. Vous allez dans votre vestiaire, je ne veux plus vous voir. Sortez ! »

Il sort en m’insultant copieusement. Le stade, qui a vu l’altercation, le siffle. À moins que ce ne soit moi, je ne sais pas. Et je m’en moque. Je suis enfin débarrassé de lui. Du moins, pour ce match.

La partie reprend par une balle à terre. Les Lensois repartent à l’attaque. 70ème, 75ème, 80ème, le score ne bouge toujours pas. Les actions se font plus rares, les joueurs sont de plus en plus fatigués. Les visiteurs semblent avoir compris qu’ils ont laissé passer leur chance. Mais sur un dégagement de leur gardien, la défense Lensoise est prise à revers. L’attaquant rentre dans la surface et se fait faucher par le gardien. Du moins, c’est ce que j’ai cru voir. Mais je suis un peu loin de l’action, je n’ai pas été suffisamment réactif, sur ce coup.

Je siffle et m’apprête à désigner le point de pénalty quand mes 2 assistants, mieux placés que moi, me crient dans l’oreillette :

« – Il simule, il simule, il nous a fait une Fiorèse ! Il n’y a pas eu de contact ! »

Le Marseillais se relève en souriant, lorsque je lui montre le carton jaune.

« – Vous avez plongé, c’est ce que vous méritez !
– Non, il m’a accroché le pied, vous pouvez pas, il y a péno ! Il y a péno ! »

Je reste ferme. En tribunes, les Marseillais me lancent ce chant bien connu, « l’arbitre, ta mère est là, juste devant nous ! » J’espère qu’elle ne regarde pas ce match.

Le coup franc est bienvenu pour Lens, qui était à la peine depuis quelques minutes. Soudain, une clameur se fait entendre dans les travées de Félix Bollaert. Les « Bordeaux, Bordeaux, on t’encule ! » montant de la tribune visiteurs me laisse penser que « mes » Girondins ont marqué.

Toujours 1-0 alors qu’on rentre dans les 5 dernières minutes du match. Marseille pousse, mais ne parvient pas à franchir la défense Lensoise bien regroupée. Les tirs, souvent non cadrés, terminent dans les bras du gardien. Une dernière action Lensoise vient conclure cette saison. Je siffle les 3 derniers coups de ma saison. Les vivas s’élèvent du stade alors que les Marseillais semblent dégoûtés. Mes assistants me rejoignent, les joueurs locaux viennent nous serrer la main, en arborant de grands sourires, pendant que les Marseillais sortent sans même un regard dans notre direction. Je n’ai pas envie de rentrer immédiatement me changer. Je profite de l’ambiance de folie qui règne ici et attends avec fébrilité les ultimes résultats de la soirée.

Le speaker du stade les annonce enfin. Je tremble d’excitation. Et c’est avec stupeur que j’apprends le dernier résultat des Marine et Blanc ! Une belle victoire face au 3ème de Ligue 1… sur le score de 5 buts à 4 au Stade Bordeaux Océan. Décidément, depuis 2012, les Bordeaux-Lille sont le théâtre d’un spectacle hors norme.

Mais je ne dois pas montrer ma fierté sur la pelouse. Je rentre tranquillement au vestiaire où, enlevant le bracelet anti transpiration de mon poignet, je dévoile le logo du FC Girondins de Bordeaux.

Il me suit depuis la saison 2012-2013, lorsque le FCGB s’était imposé en Europa League. Aujourd’hui, je suis heureux ! Mes décisions ont été justes et honnêtes, mes assistants m’ont beaucoup aidé. Je les en remercie en entrant dans le vestiaire.

Mais la joie qui me remplit retombe rapidement lorsque le délégué vient me voir. Il veut me montrer les images de la simulation que j’ai sifflée. Je commence à trembler. J’ai soudain peur de m’être trompé. Et effectivement, les images déjugent mes 2 arbitres assistants. Le contact est toutefois très léger. Mais il existe. J’aurais du siffler pénalty.

En revenant pour prendre ma douche, je commence à imaginer les titres dans la presse, demain. Ou dès ce soir, sur les sites d’informations sportives. Je décide de garder cette erreur pour moi, je ne veux pas accabler mes collègues.

Sous la douche chaude, je repense beaucoup à ce match, à tous les matches que j’ai pu arbitrer. Et je prends une décision qui va changer ma vie. J’en ai assez de me faire constamment critiquer, que je prenne la bonne ou la mauvaise décision. J’en ai assez de me faire insulter par tous les supporters. Et surtout, j’ai envie de revoir Bordeaux et le Stade Bordeaux Océan, où je n’ai pas mis les pieds depuis bientôt 3 ans. Je veux redevenir un supporter normal.

Une fois rhabillé, je me dirige vers la salle où se tient la conférence de presse. Quand vient mon tour, je fais mon Mea Culpa, en présence des dirigeants Marseillais. Les journalistes présents dans la salle en frissonnent de plaisir, ils vont pouvoir s’en donner à coeur joie.

Mais lorsque j’annonce que je mets un terme à ma carrière d’arbitre, pas un bruit. Pas une réflexion. Rien. Je viens d’ne surprendre plus d’un. Ne voulant pas répondre aux questions qu’ils pourraient éventuellement me poser, je me lève et quitte rapidement la salle.

Je sors du stade et me dirige vers le taxi qui m’attend. Direction la gare. Direction Bordeaux. Libre. Et heureux !

Faut-il légaliser le dopage dans le sport ?

Juillet 1998. Le Tour de France cycliste est entaché par la plus grosse affaire de dopage jamais révélée à ce jour. L’équipe Festina, emmenée, entre autre par Richard Virenque, est exclue de la compétition après que des tests sanguins et urinaires se soient révélés positifs à l’usage de substances illicites. En 2006, c’est Floyd Landis qui remporte le Tour puis est disqualifié pour usage de produits dopants.

Les contrôle anti-dopage, LA solution ultime ?

Plus récemment, Yannick Noah a remis en cause les résultats des sportifs Espagnols, les accusant ou les suspectant d’utiliser « une potion magique » leur permettant de briller dans de nombreux sports.

Aujourd’hui, pour vaincre le dopage dans le sport, 2 solutions s’offrent à nous.

La première, c’est de le légaliser, autoriser les sportifs à utiliser des substances qui leur permettent d’accroître leurs compétences et leurs qualités, à l’instar de la natation, longtemps faussée par un « dopage technologique ». Cet exemple de la natation nous montre une des limites de cette solution. Les sportifs ne seront pas au même niveau en fonction des produits qu’ils absorberont. Sans compter toutes les conséquences néfastes sur leurs organismes. Décès prématurés, cerveau diminué, muscles atrophiés… Les dégâts seraient dramatiques.

De plus, nous créerions ainsi une distance entre le sport professionnel et le sport amateur. Des joueurs comme Adil Rami ou Mathieu Valbuena, évoluant d’abord dans des clubs amateurs, auraient-ils pu s’affirmer en professionnel si le dopage avait été légal en Ligue 1 ?

Des compétitions comme la Coupe de France perdraient de leur charme, les petits devant faire face à un décalage trop important avec les grands.

Il ne reste donc qu’une seule solution. L’interdiction totale du dopage. Le cyclisme se porte d’ailleurs en exemple dans ce domaine, multipliant les contrôles en compétition, effectuant des tests intempestifs hors compétition, et débusquant ainsi beaucoup plus de tricheurs que dans les autres sports.

Pour dissuader les sportifs de tricher, il faut aussi adopter des sanctions exemplaires ! Des suspensions temporaires n’étant pas forcément dissuasives, il faut durcir le ton et ne faire preuve d’aucune clémence envers les tricheurs.

Par exemple, lorsqu’un cas de dopage est avéré, le ou la coupable devrait être interdit(e) de participer aux Jeux Olympiques pour le restant de ses jours. Pendant longtemps, les JO du baron Pierre de Coubertin étaient réservés à des amateurs. L’exclusion des tricheurs permettrait peut-être de les réintégrer.

Les sanctions temporaires devraient également être allongées, couplées avec des amendes lourdes ou des Travaux d’Intérêt Général, tels que des interventions dans les Centres de Formation pour expliquer les méfaits du dopage et les conséquences sur les organismes.

Cependant, cela impliquerait d’adapter les calendriers et de diminuer le nombre de rencontres, de tournois ou de meetings dans une saison, d’organiser moins d’événements. Cela enlèverait du spectacle et, puisque ce dernier élément est la priorité de certains peu scrupuleux, ôterait beaucoup d’argent à gagner.

Mais entre la santé des sportifs et la frénésie des compétitions, les calendriers surchargés et l’aspect financier, il va falloir faire un choix.